Dans un contexte où la convergence IT/OT multiplie les surfaces d’attaque et où la directive NIS 2 impose de nouvelles obligations aux industriels, la gestion des accès à distance est devenue un enjeu stratégique de premier plan. Le groupe RONAL, fabricant suisse de jantes en alliage léger présent dans douze pays avec quelque 7 000 collaborateurs, vient de franchir un cap décisif : la standardisation de ses accès distants à l’échelle mondiale, en déployant la solution de Rockwell Automation sur l’ensemble de ses sites de production.
Un défi de taille : centraliser les accès dans un groupe industriel mondial
Pour un groupe comme RONAL, dont les installations de production sont réparties sur quatre continents, la problématique de l’accès à distance ne se limite pas à une question de commodité opérationnelle. Chaque connexion externe représente un vecteur potentiel d’intrusion, et la multiplication des accès non contrôlés constitue une faille systémique difficile à gérer sans cadre unifié. Jusqu’à récemment, cette hétérogénéité des pratiques rendait complexe toute démarche de gouvernance cohérente. La décision du groupe de centraliser la gestion des accès distants répond à la fois à des impératifs de résilience opérationnelle et à des exigences de conformité réglementaire croissantes.
La solution déployée par Rockwell Automation repose sur une architecture pensée pour le monde industriel : un accès sécurisé via un unique port sortant (TCP 443), aucune connexion entrante depuis Internet au niveau du pare-feu, et un chiffrement TLS de bout en bout garantissant la confidentialité et l’intégrité de chaque échange. Cette approche minimaliste côté exposition réseau, combinée à un contrôle d’accès granulaire basé sur les rôles, constitue le socle technique de la transformation entreprise par RONAL.
La gouvernance des accès au coeur du dispositif
Au-delà de la prouesse technique, c’est la dimension organisationnelle du projet qui retient l’attention. Chaque droit d’accès est désormais attribué selon des rôles clairement définis et des besoins opérationnels documentés. Les fournisseurs et prestataires externes, qui constituent traditionnellement l’un des maillons les plus exposés dans la chaîne de sécurité industrielle, sont intégrés dans ce cadre de gouvernance structuré. Matthias Kratz, responsable de l’informatique industrielle au sein du groupe RONAL, souligne que la solution a pu être « configurée selon nos besoins et déployée auprès de nos fournisseurs » avec une facilité inattendue, un point rarement mis en avant dans les projets de cybersécurité industrielle.
Les capacités d’audit et de traçabilité intégrées à la solution complètent ce dispositif : chaque session est journalisée, chaque connexion est enregistrée, offrant une visibilité complète sur qui accède à quoi, quand, et depuis où. Cette traçabilité systématique n’est pas un luxe opérationnel mais bien une exigence que les réglementations actuelles rendent incontournable.
NIS 2 : quand la réglementation accélère la transformation
La directive NIS 2, entrée en vigueur en France en octobre 2024, a profondément reconfiguré le paysage réglementaire de la cybersécurité industrielle. En étendant son périmètre à 18 secteurs (contre 7 pour NIS 1), elle touche désormais un nombre bien plus large d’acteurs industriels, y compris les fabricants de produits critiques. Ses exigences sont claires : mesures de gestion des risques documentées, responsabilité directe des organes de direction, et sanctions pouvant atteindre 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial en cas de non-conformité.
Pour le groupe RONAL, la conformité à NIS 2 n’est pas un objectif accessoire mais un moteur explicite du projet. La solution retenue répond précisément aux exigences de la directive : communications chiffrées, contrôle d’accès basé sur les rôles, surveillance complète et gouvernance établie. Ce cas illustre une tendance de fond : la réglementation n’est plus un simple cadre contraignant mais un catalyseur de modernisation industrielle, poussant les groupes à industrialiser des pratiques de sécurité que beaucoup appliquaient jusqu’alors de façon hétérogène.
Vers une approche Zero Trust dans l’OT
Le déploiement réalisé par RONAL s’inscrit dans une tendance plus large qui structure la cybersécurité industrielle en 2026 : le passage d’une culture de confiance implicite à une logique Zero Trust. Dans ce paradigme, aucune connexion n’est présumée sûre par défaut ; chaque demande d’accès fait l’objet d’une vérification systématique, chaque session est tracée, chaque droit est révocable. Appliqué aux environnements opérationnels (OT), ce modèle représente une rupture culturelle autant que technologique, dans des univers où la disponibilité des équipements a longtemps primé sur la sécurité des accès.
Un rapport publié en 2025 révèle d’ailleurs que de nombreuses organisations industrielles surestiment leur niveau de sécurité en matière d’accès à distance, avec des lacunes structurelles sur la surveillance des fournisseurs, la gestion des identifiants et l’auditabilité des sessions. Le projet RONAL/Rockwell Automation apporte une réponse concrète à ces trois points faibles, en imposant un standard unifié à l’ensemble du périmètre du groupe.
Un modèle pour l’industrie manufacturière mondiale
La démarche du groupe RONAL offre un cas d’école pour les industriels confrontés à des défis similaires : comment sécuriser et standardiser les accès distants à l’échelle d’un groupe multinational, sans compromettre l’agilité opérationnelle ni alourdir le quotidien des équipes techniques et des prestataires externes ? La réponse passe par une solution conçue dès sa conception pour répondre aux contraintes OT, avec une architecture réseau restrictive, un chiffrement systématique et une gouvernance des droits structurée par les rôles métier.
À mesure que la pression réglementaire s’intensifie et que les cyberattaques ciblant les environnements industriels se multiplient, la sécurisation des accès à distance n’est plus un projet optionnel reportable. Elle constitue un prérequis à la résilience opérationnelle et, dans un nombre croissant de cas, à la survie concurrentielle des groupes industriels exposés aux marchés internationaux. Le groupe RONAL en a fait une priorité stratégique ; d’autres n’auront bientôt plus le choix.

