Le secteur ferroviaire mondial vit une mutation sans précédent. Sous l’effet combiné des objectifs de décarbonation des transports, de l’augmentation constante du trafic et de la numérisation des flottes, les exploitants et constructeurs de matériel roulant doivent relever des défis technologiques complexes. La gestion d’une infrastructure moderne ne se limite plus à la traction et au guidage mécanique. Elle exige désormais le déploiement d’une véritable dorsale numérique capable de traiter d’immenses volumes de données en temps réel, de résister aux cyberattaques sophistiquées et de réduire son empreinte environnementale globale.
À l’occasion du salon InnoTrans 2026 à Berlin, le spécialiste des communications et réseaux industriels Moxa dévoile une série d’innovations majeures destinées à répondre à ces impératifs. Réunies sous la bannière d’une mobilité plus intelligente et plus sûre, ces annonces couvrent le calcul en périphérie assisté par intelligence artificielle, la conformité réglementaire renforcée en matière de cybersécurité, ainsi qu’une nouvelle génération de commutateurs réseau caractérisés par une frugalité énergétique accrue.
L’Edge Computing et l’IA embarquée au service de la sécurité opérationnelle
Dans les rames de dernière génération, l’exploitation des flux vidéo et des données de capteurs en temps réel devient un levier fondamental pour optimiser la sécurité et la fluidité du trafic. Plutôt que de saturer les liaisons sans fil en relayant des flux bruts vers des serveurs distants, le traitement localisé à bord des trains permet une prise de décision instantanée. Moxa illustre cette dynamique par des démonstrations en direct reproduisant les conditions réelles d’une cabine de conduite, combinant des calculateurs industriels accélérés par le matériel et des caméras dotées d’algorithmes d’analyse visuelle.
Ces dispositifs ciblent deux applications critiques : le comptage précis et automatisé des flux de passagers pour ajuster la gestion des dessertes, ainsi que la détection d’obstacles sur les voies ferrées pour assister le conducteur ou les futurs systèmes de pilotage autonome. Cette capacité d’analyse immédiate réduit le temps de réaction face à un danger potentiel et fiabilise les opérations quotidiennes.
La série V2000D : une architecture matérielle modulaire pour la maintenance prédictive
Pour concrétiser ces usages, Moxa introduit sa nouvelle gamme d’ordinateurs de périphérie V2000D, conçue spécifiquement pour la surveillance conditionnelle des rames, également appelée maintenance conditionnelle (CBM), et la vidéosurveillance haute définition. Le modèle compact V2202D, articulé autour du processeur Intel Atom Amston Lake, a été pensé pour les espaces restreints. Capable de superviser jusqu’à huit caméras, il intègre deux emplacements M.2 verrouillables et accessibles depuis l’extérieur afin de faciliter la maintenance sur le terrain.
Pour des besoins plus exigeants en bande passante et en puissance de calcul, le V2406D fait appel aux processeurs Intel Core 3 ou Core 7, supporte jusqu’à seize caméras, offre quatre ports réseau local et propose une protection optionnelle contre les coupures d’alimentation électrique. Enfin, le modèle avancé V2426D, dont le lancement est prévu au deuxième trimestre 2027, pousse encore plus loin les capacités d’évolution technique avec une conception modulaire, l’intégration de cartes accélératrices d’IA dédiées, jusqu’à trois emplacements M.2 compatibles avec les configurations de stockage sécurisé RAID 0, 1 ou 5, ainsi que quatre ports Power over Ethernet (PoE) pour alimenter directement les capteurs et caméras.
Cybersécurité ferroviaire : anticiper les réglementations NIS 2 et Cyber Resilience Act
L’interconnexion croissante des systèmes de bord avec les centres de contrôle au sol et les équipements de voie multiplie la surface d’attaque potentielle. Les régulateurs européens ont durci le cadre législatif avec l’entrée en vigueur de la directive NIS 2 et les dispositions du Cyber Resilience Act. Les opérateurs ferroviaires, désormais considérés comme des entités essentielles, doivent prouver la cyber-résilience de l’ensemble de leur chaîne de communication opérationnelle.
Moxa répond à cette exigence par une démarche native de sécurité dès la conception (secure by design). Ses matériels embarqués disposent de la certification internationale IEC 62443-4-2 au niveau de sécurité 2 (Security Level 2), garantissant une protection robuste de l’infrastructure contre les accès non autorisés et les tentatives de falsification de données. L’équipementier collabore également avec ses partenaires industriels pour co-développer des solutions répondant au niveau de sécurité 3 (Security Level 3) à l’échelle des systèmes complets.
Ces dispositifs de sécurité sont éprouvés sur plusieurs scénarios d’usage critiques, notamment la protection des liaisons train-sol (T2G), la sécurisation des systèmes d’information voyageurs (PIS) et l’intégrité des flux de vidéosurveillance embarquée contre toute interception ou altération malveillante.
Communications train-sol et de bord de voie : fiabiliser les liaisons en milieu hostile
La transmission ininterrompue des données entre les rames en mouvement, les postes de commandement centralisés et les équipements installés le long des voies constitue le socle de l’exploitation ferroviaire. Dans les zones denses ou le long des lignes à grande vitesse, l’environnement radioélectrique s’avère particulièrement pollué par des émissions parasites susceptibles de dégrader la qualité des transmissions.
Pour garantir une liaison sans fil permanente et stable, Moxa met en œuvre une technologie de filtrage passe-bande (BPF). Cette fonction matérielle élimine efficacement les signaux parasites hors de la plage de fréquences utile, assurant ainsi un canal de transmission propre et résilient. Cette fiabilité accrue profite directement aux télémesures d’exploitation, à la signalisation et aux services connectés destinés aux voyageurs.
Commutateurs Ethernet TN-4500B : la transition écologique par la frugalité matérielle
La transition énergétique du rail impose aux constructeurs d’alléger les structures et de diminuer la consommation électrique des auxiliaires de bord. Chaque kilogramme et chaque watt économisés participent directement à la réduction de l’empreinte carbone et des coûts d’exploitation sur l’ensemble du cycle de vie du matériel roulant. Les nouveaux commutateurs Ethernet de la série TN-4500B, attendus pour le deuxième trimestre 2027, concrétisent cette recherche d’efficacité.
Par rapport aux générations précédentes, cette nouvelle gamme affiche des gains spectaculaires : une consommation électrique réduite de 35 %, une masse allégée de 30 % et un encombrement diminué de 26 %. Cette compacité facilite grandement leur intégration dans les armoires techniques exiguës des rames, tout en offrant le débit nécessaire pour supporter simultanément le Wi-Fi passagers, la vidéo haute résolution, les serveurs d’information et les passerelles de calcul en périphérie.
Pérennité industrielle et conformité aux standards normatifs les plus stricts
Les cycles de vie des matériels ferroviaires s’étendent fréquemment sur deux à trois décennies. Les équipements de communication doivent donc garantir une disponibilité commerciale et un support technique sur le très long terme, tout en endurant des contraintes environnementales sévères : chocs, vibrations, variations thermiques extrêmes et perturbations électromagnétiques.
L’ensemble du catalogue ferroviaire de Moxa est certifié selon les normes sectorielles internationales les plus rigoureuses, incluant l’EN 50155 pour le matériel électronique embarqué, l’EN 50121-4 pour la compatibilité électromagnétique des installations de voie, l’IEC 61375 pour les réseaux de communication de train (TCN) et l’IEC 62443 pour la cybersécurité. Cette rigueur d’ingénierie assure aux opérateurs la sérénité indispensable pour bâtir les réseaux ferroviaires durables de demain.



